Fiction lesbienne: Regarde-moi

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Elle est là, comme chaque semaine. Chaque lundi depuis 3 mois, le même rituel. J’entre dans la salle et mon sourire apparaît dès que mes yeux se posent sur elle. Une sorte de réaction en chaîne dont mon corps s’est habitué dès les premières journées. Je sais ce qu’elle se dit. Elle pense qu’elle ne vaut rien, qu’elle n’arrivera à rien. Elle ne sait même pas pourquoi elle vient. Une obligation certainement, comme moi.

Aujourd’hui, comme d’habitude, elle est déjà là. Assise dans un coin, seule. Rare sont les personnes qui essayent de lui parler. Ca doit être pour ça que j’ai peur aussi. Elle a la tête baissée, le regard dans le vide. Je me demande à quoi elle pense. Certainement pas à moi. Je doute qu’elle sache que j’existe. Pour elle, je dois être comme les autres. Presque une ennemie, une intruse dans son monde. Elle ne veut pas être le centre d’intérêt, ne veut pas qu’on s’intéresse à elle et pourtant, sans le savoir, elle est le centre de mon monde.

Elle ne sait pas que c’est pour elle que je viens tous les lundis, que chaque lundi soir me donne envie d’être au lundi suivant, que je ne passe cette porte que dans l’espoir de la voir de l’autre côté.

Je sais tout sur elle, depuis le premier jour. J’ai noté dans un carnet tous les détails qu’elle a donnés d’une voix timide le jour de la présentation. Je ne sais même pas si elle a fait attention à moi.

J’aimerais essayer de la comprendre, de la connaître, visiter son monde, visiter sa vie. Je n’ose pas intervenir, stopper ses pensées et m’imposer dans son monde. Ce serait comme une voleuse qui s’introduirait dans son cerveau sans y être invitée. Pourtant, je suis sûre qu’elle a beaucoup à dire et personne à qui le dire.

Je la regarde avec insistance. Elle ne lève même pas la tête. Je lui souris inutilement, elle ne me voit pas. Je suis comme un fantôme, transparente. Pourtant, j’aimerais lui faire comprendre que je m’intéresse à elle, que je veux la connaître, lui parler.

Comme tous les lundis, je me mets en face d’elle pour mieux la regarder. Elle ne réagit même pas. Elle ne lèvera pas la tête de toute la séance. Je n’ai même pas l’espoir d’un sourire encore moins d’un regard. Les seules fois où j’ai pu voir ses yeux, j’y ai aperçu une tristesse, une telle détresse que j’en ai été malade toute la semaine. Comment une fille qui semble si innocente peut souffrir autant ? Elle semble si fragile. J’ai peur de la briser par la seule force de mes regards lourds.

Aujourd’hui, j’irai lui parler. Je me dis ça chaque semaine mais je me bloque. Je veux qu’elle sache que quelqu’un l’a remarquée, avant qu’elle ne disparaisse à la fin du stage. J’ai essayé à la pause de ce matin mais j’ai reculé à la dernière minute.

A midi, elle a disparu. J’ai tenté de la suivre, manger dans le même restaurant qu’elle mais le destin a décidé que ce n’était pas le moment. Elle avait peut-être besoin d’être seule, encore. Je ne sais pas comment l’approcher. J’ai imaginé tellement de situations différentes, autant de rejets. Pourquoi aurait-elle envie de me laisser pénétrer son univers ? Le doute s’installe dans ma tête. Je ne suis plus sûre d’arriver à l’atteindre.

Texte: Yulvolk
Image illustration: 123rf.com/Joseas Reyes

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Naissance d’un amour lesbien, amour d’une femme pour une autre. Une fiction lesbienne, qui nous parlera certainement à toutes.