Nouvelle donne

lesbi, saphique, goudou, lesbienne de francaiseSandrine regarde une nouvelle fois la liste des contacts enregistrés dans son téléphone. « Ségolène Nouvel An », la jeune femme hésite à appuyer sur la touche d’appel. Comment réagirait Ségolène si elle l’appelait aujourd’hui ? Vaut-il mieux téléphoner ou envoyer un SMS ? Quel souvenir garde-t-elle de leur rencontre ?

Ségolène, une petite brune, aux yeux vifs et au sourire charmant, l’avait discrètement draguée à la fête du Nouvel An. Quand Sandrine parlait, le regard de Ségolène brillait de désir et son sourire annonçait une ouverture ; Sur la piste de danse, elles s’étaient rapprochées et Ségolène avait calé le rythme de ses mouvements sur son rythme à elle. Quand elles s’étaient embrassées à minuit, Ségolène s’était un peu trop collée à elle et ses lèvres s’étaient un peu trop attardées sur sa joue. Soupir de Sandrine. Que ce contact paraissait agréable, mais lointain. En fin de soirée Clémence avait repris sa place et s’était imposée comme sa légitime partenaire pour la danse et pour la vie… Clémence lui avait même souhaité une bonne année, quelle blague aux vues de la suite !

Ce souvenir l’énerve et la contrarie toujours autant. Dire qu’à l’époque, elle ne se doutait de rien ! Sandrine attrape son paquet de tabac, les feuilles, les filtres et se roule une cigarette avec dextérité. Assise sur le canapé du salon, la jeune femme brune fume à grandes bouffées nerveuses. Depuis le réveillon, quel changement. « On parcourt le chemin plus vite en marche arrière qu’en marche avant », soupire-t-elle. Une embrassade au Nouvel an, et quinze jours plus tard, Clémence lui annonçait qu’elle a fait une rencontre, que la rencontre s’était concrétisée, en clair que Sandrine était cocue, et qu’en plus elle allait être larguée. Clémence était partie, elle avait pris ses valises, son ordinateur, ses DVD et ses souvenirs ; elle avait vidé l’appartement, laissant ça et là la trace de son passage.

Sandrine jette un regard désolé autour d’elle. Au mur, la reproduction du tableau de Chagall que Clémence adorait a laissé une trace plus claire sur le papier peint. Alors que le deux-pièces boulevard Bessieres lui avait toujours semblé bien trop petit, il paraissait désormais immense, rempli d’espaces inutilisés. Dans l’armoire, ses habits avaient trop de place ; dans la bibliothèque, ses livres ne remplissaient pas toutes les rangées ; dans la cuisine, elle avait racheté à la hâte un peu de matériel mais il lui manquait souvent un ustensile quand il lui prenait l’envie de cuisiner. Un jour, elle avait fouillé tous les tiroirs pour trouver la louche verte, une jolie louche indispensable pour servir la soupe qu’elle venait de préparer, quand, tout à coup, elle avait réalisé qu’elle ne reverrait plus jamais cette louche parce que Clémence l’avait prise et l’avait emportée dans sa nouvelle vie. Cette injustice l’avait frappée alors qu’elle venait de cuire les poireaux, carottes et pommes de terre. Elle avait éclaté en gros sanglots, seule dans sa cuisine, pleurant sur sa louche, sur sa solitude, sur son mauvais sort, sur les années passées qui ne reviendront plus, sur l’amour qui s’était envolé et sur le lit toujours vide, où elle trainait son désespoir.

Trois mois étaient passés et la douleur n’est plus aussi forte maintenant. La situation est même bénéfique sur certains points. Elle a plus de temps pour voir ses copines et sa famille ; elle peut sortir quand elle veut ; elle n’a plus à négocier pour organiser son emploi du temps ; elle peut mettre de la musique classique sans se faire traiter de « vieille bourge » et grignoter ce qu’elle veut sans subir l’habituel laïus sur la junk food.

Sandrine passe une main nerveuse dans ses cheveux châtains bouclés et accentue leur désordre naturel. « Bonjour Ségolène. Nous nous sommes rencontrées au Nouvel An chez Monique, et j’avais beaucoup apprécié notre conversation. J’ai eu un début d’année difficile, mais je vais mieux et j’ai envie de te revoir si tu es disponible. À bientôt ». Non, ça ne va pas, on dirait qu’elle sort de convalescence et qu’elle la convoque à un rendez-vous. « Bonjour Ségolène. Comme vas-tu depuis le Nouvel An chez Monique ? Moi ça va. J’ai eu un début d’année mouvementée, mais cela me ferait plaisir de te revoir si tu es d’accord. À bientôt j’espère. Bises. Sandrine » Voilà, c’est mieux. Ségolène va-t-elle répondre ? Se souviendra-t-elle de moi ? Priant pour que sa bouteille à la mer soit bien reçue, Sandrine appuie sur la touche Envoi.

Dans son petit studio, Ségolène corrige les dictées de ses élèves. Incroyable le nombre d’enfants de CM2 qui confondent encore les verbes à l’infinitif et au participe présent. Elle décide de consacrer du temps à réviser ce point. Soudain, son téléphone émet le signal caractéristique de réception d’un texto. Elle ne connait pas le numéro de téléphone ; elle lit. Sandrine… Oui, elles s’étaient rencontrées chez Monique pour la fête du réveillon. Une jolie fille aux yeux verts, qui était bibliothécaire. Et qui était venue en couple avec son amie. Chasse gardée d’après ses souvenirs. C’est vrai qu’elle lui avait donné son numéro de téléphone, mais c’était la première fois qu’elle faisait signe depuis. « Un début d’année mouvementée… Une rupture probablement, devine la jeune institutrice. Oui, je vais répondre, pourquoi pas ? On risque de se recroiser de toute façon. Et cela n’engage à rien ». Elle corrige encore deux dictées mais son esprit n’est plus concentré sur la tâche.

« Bonjour Sandrine. Oui je me souviens du réveillon et cela me fait plaisir d’avoir de tes nouvelles. Serais-tu disponible pour qu’on dîne ensemble mercredi prochain ? » La réponse ne se fait pas attendre. Son téléphone bip tout de suite « Génial, mercredi pas de problème. On se retrouve où ? A quelle heure ? » « Quel empressement, sourit Ségolène. Elle avait vraiment envie que je réponde ». « Montparnasse, place du 18 juin 40, cinéma Gaumont, à 19h ? ». « Pas de pb pour moi. A mercredi ». « Entendu à mercredi. J’espère qu’on se reconnaitra depuis le temps 😉 ».

Sandrine pousse un profond soupir de soulagement ; Toute excitée, elle se lève du canapé et va se servir un verre de vin. Mercredi… Elles se retrouveront, elles iront dîner, pourquoi pas dans une crêperie de la rue de la Gaité. Elles se raconteront leur vie et puis… Sandrine aimerait bien lui prendre la main, lui caresser les doigts, peut-être la tenir par la hanche en marchant. Lui faire du gringue, doucement, pour lui montrer qu’elle lui plaît. « Arrête. Ne te monte pas la tête. De toute façon, c’est juste la première fois que l’on sort ensemble. Les filles ne couchent pas la première nuit, surtout qu’on ne s’est pas vues depuis trois mois. Elle va croire que je suis complètement désespérée ». Et Sandrine se sent vraiment complètement désespérée. Trois mois que personne ne l’a touchée, que personne ne l’a embrassée, que personne ne l’a caressée. Elle se sent vraiment seule. « Je vais y aller doucement, savourer sa présence, lui montrer qu’elle me plait, obtenir un deuxième rendez-vous », se promet-elle en allumant la télévision pour regarder les informations.

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Ségolène de son côté allume son ordinateur et se connecte sur Skype pour le rendez-vous presque quotidien avec Caroline. Elles s’étaient rencontrées sur un site internet et tout se passait pour le mieux, bien que l’une soit à Paris et l’autre à Bordeaux. Mais Caroline était en plein divorce et ne voulait pas que son ex-mari puisse utiliser leur relation contre elle. Ségolène soupire. Les deux adolescents de Caroline se rebellaient contre leur mère et avaient pris fait et cause pour leur père qu’ils ne voyaient plus qu’un week-end sur deux. Quand Caroline montait la voir à Paris, elle était exténuée par la tension nerveuse et avait besoin de temps pour se changer les idées.

Sur l’écran, Caroline apparaît, les traits fatigués. « Tu ne devineras jamais, ma fille est invitée à une surprise-party samedi. Mais comme c’est un week-end où elle doit aller chez son père, elle dit qu’elle ne pourra pas y aller et, devine, c’est de ma faute ! Elle est enfermée dans sa chambre à gémir sur son sort, alors qu’elle n’en n’a même pas encore discuté avec son père. Il pourra tout à fait l’accompagner et aller la rechercher, c’est ce que les pères font en général, non ? ». La conversation se poursuit et Ségolène la rassure du mieux qu’elle peut. Puis les deux femmes discutent des activités prévues pendant la semaine.

– Mercredi, je vais diner avec une amie rencontrée au Nouvel An.

– Je la connais ?

– Non, elle a repris contact aujourd’hui.

– Qu’est-ce qu’elle veut ? Te draguer ?

– C’est possible. Je me demande d’ailleurs si je vais résister à la tentation… C’est agréable de se faire draguer…

– Arrête, tu sais que je ne suis pas avec toi tout le temps parce que je ne peux pas, si j’avais le choix… Je t’aime.

– Oui, moi aussi, je t’aime. Ne t’inquiète pas. Mais cela me fait plaisir de sortir, même si tu n’es pas là.

– Tu sais que je ferai tout pour toi. Tu ne vas pas tomber amoureuse d’une Parisienne ?

– Ecoute, là, on va diner ensemble, il n’est pas question de coucher avec elle ou de tomber amoureuse. Tu ne vas pas être jalouse dès que je vois quelqu’un ! Je ne suis quand même pas responsable du fait que tu habites Bordeaux et moi Paris.

– Non, non… Ne recommençons pas cette discussion. Les moments que nous passons ensemble sont merveilleux et on se voit au quotidien, même si c’est par Skype. Je ne sais pas combien de temps cela durera, mais pour l’instant, on est bien toutes les deux non ?

Une porte qui claque, un cri « Maman ! Papa propose d’échanger les week-ends. T’es d’accord ? »

– Bon, il faut que j’aille voir ce qui se passe. On se rappelle demain ?

– D’accord, bonne nuit, je t’aime.

La lumière de la fenêtre Skype s’éteint et avec elle le visage de la femme aimée. Oui, combien de temps est-ce que cela pourra encore durer ? Ségolène avait toujours envisagé le couple comme deux personnes habitant ensemble. Lorsqu’elle allait à Bordeaux, elle avait toujours l’impression d’être une invitée, ce qu’elle était, et même pas forcément bienvenue aux yeux des enfants. Caroline faisait toujours attention à ne pas avoir de gestes tendres lorsque les enfants, ou des voisins, pouvaient les voir. Il lui était même arrivé de repousser Ségolène alors que celle-ci voulait l’embrasser. A Paris, Caroline se sentait plus libre. Les deux amies se tenaient la main, s’embrassaient, s’enlaçaient lorsqu’elles étaient dans le Marais parisien.

« Si elle pouvait divorcer, laisser les mômes à leur père et venir vivre à Paris », soupire la jeune femme, tout en sachant que ce scénario idéal ne se réalisera jamais. Seule dans son appartement, elle se servit un verre de vin avec de petites cacahouètes.

Ce mercredi-là les deux femmes mirent un soin extrême au choix de leur toilette et, hasard ou coïncidence, elles choisirent toutes les deux un pantalon noir et une chemise blanche. Quand elles se retrouvèrent devant le cinéma, la reconnaissance mutuelle est immédiate et elles n’ont pas eu besoin de se téléphoner. Au restaurant, la sélection des plats dans le menu se fit sans atermoiements et, une fois servies, elles discutèrent, yeux dans les yeux, du milieu lesbien parisien, des amies qu’elles avaient en commun, de leur situation au travail, des derniers films qu’elles avaient vus…

Sandrine fut la première à admettre qu’elle désirait énormément prolonger cette soirée et qu’elle plongerait volontiers tête la première dans le bleu des yeux de Ségolène. Celle-ci trouvait un plaisir extrême à discuter de façon aussi détendue avec quelqu’un d’intelligent, de joli et à l’écoute ; elle avait remarqué la finesse des mains de Sandrine et la beauté de sa bouche. Alors qu’elles buvaient le café, leurs regards se croisèrent et leurs yeux pétillaient d’un désir non formulé. Alors Sandrine se jeta à l’eau :

– J’aimerai bien prolonger cette soirée…

– Oui, moi aussi.

– Chez moi ?

– Pourquoi pas ?

Entre les deux femmes, ce fut un coup de foudre partagé ; elles quittèrent le restaurant toute à l’excitation de se retrouver bientôt enfin seules toutes les deux.

La complicité instantanée qui les avait réunies au restaurant se prolonge dans l’intimité de l’appartement et de la chambre à coucher. Les mains, les bouches, les bras, les corps entrèrent dans une danse sauvage, haletante, humide et chaude. Les yeux éblouis, elles trouvèrent de façon instinctive et immédiate le chemin vers le plaisir de l’autre. Et côte à côte, elles reposèrent haletantes en réalisant qu’elles s’étaient trouvées et ne devaient plus se perdre.

FIN

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Texte: Chantal
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Image illustration: Slena

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