Projection Nouvelle 3/3

fiction lesbienne, récits lesbiens, LGBT, lesbinneD’un effleurement aussi doux et innocent que celui qui toucha sa peau fine, elle glissa sa langue sur une phalange baguée d’une alliance, celle d’une femme qui goûtait au bonheur comme si la peau de sa main était soudainement munie de papilles. Xavière la prit par la main, pour la fuir sans l’abandonner, pour fuir le monde trop présent en cet instant trop particulier. Dans la course vers un recoin sombre et glacé d’une ruelle plus sombre et glacée encore, Lili ne voyait ni les pavés qui la faisait trébucher, ni les ordures qui jonchaient le sol, elle ne sentait pas le froid lacérant son visage de picots brulants, et elle n’entendait pas les injures proférées par quelques soulards malodorants. Non, elle ne sentait qu’une chose : elle vivait, et quand la blonde la plaquait contre un mur pour l’embrasser à pleine bouche, elle ne sentait pas son crane cogner contre une paroi froide et dure, elle ne sentait que l’alanguissement de ses sens et l’ennui enfin évanoui.

Elles n’étaient pas comme tous ces couples amoureux qui s’enlacent sous la lune : elles n’avaient pas d’histoire. Elles étaient une histoire que la moiteur de leurs langues liées racontait sans paroles.

Courir, toujours courir, cette fille était le vent. Elle courait dans les escaliers sales d’un immeuble minable, entrainant une Lili essoufflée dans un minuscule appartement, un taudis à la lumière blafarde, spectrale, qui projetait contre la peinture craquelée des murs les ombres de piles de livres écornés. La bourgeoise entretenue qui dormait en Lili eut un mouvement de recul. C’était trop pour elle, ou ce n’était pas assez. C’était une trop belle fille dans un univers trop laid. La désharmonie la plus totale régnait, et cette situation l’effraya. Xavière ne vit pas les deux pas en arrière de la femme à peau de terre qui l’avait jusqu’alors suivi avec célérité, elle ne vit pas la moue de dégoût ou le regard désapprobateur, elle lui avait tourné le dos, pour déboutonner avec application sa chemise et laisser apparaître des épaules et un dos tout à fait nus et tout à fait blancs. Son jean tomba à ses chevilles. Elle se retourna, ses cheveux blonds tombaient devant ses yeux, et elle dit sur le ton de l’aveu, comme une enfant qui aurait désobéi : « Ca va vous faire rire, mais je n’ai jamais fait ça avant… ». C’était charmant. Lili s’arrêta net, avança même d’un pas. Xavière s’approcha d’elle, vive comme toujours, même en marchant on eut cru qu’elle courrait, et dans une rage fauve elle souleva le pull de celle qui lui faisait face, qui avait refusé de rebrousser chemin, touchée par sa grâce. A demi-nue toutes deux, leurs poitrines se faisaient face et se frôlaient, les seins lourds et mats de Lili saluaient sans mépris ceux adolescents et d’une blancheur virginale de Xavière, qui se mit à embrasser sauvagement le buste présenté fièrement devant elle. Un canapé-lit trônait dans un coin de la pièce, elles y basculèrent. C’était une scène étrange, Lili en voyait le film tout en le vivant. Ce rêve éveillé n’était pas projeté sur écran géant, et pourtant c’était une scène de bataille digne des plus grands péplums, il y avait toute l’honnêteté du désespoir dans la violence acharnée et fusionnelle de Xavière, walkyrie maigre et fabuleuse, aimant comme si elle eut été amoureuse de l’ombre lascive qu’était Lili. C’était une amazone de marbre qui étreignait une madone de terre cuite, sans la briser, avec vigueur mais tendresse. La nuit brulait, le sens coulait à travers leurs maladresses, leurs peaux incandescentes s’embrasaient plus fort à chaque contact, entre leurs cuisses luisait l’innocence révélée à sa vraie nature : aimer, se connaître, rencontrer… au plus profond de la chair, sans honte enfin.

L’air était moite, leurs peaux ruisselantes, leurs souffles haletants. Les draps étaient froissés, elles n’avaient pas dit un mot, elles étaient éparpillées, décoiffées, le corps griffé à sang et mordu de fièvre, le torse chaud, bouillonnant de la passion qui refroidit après son acmé triomphante.

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"Une après-midi entre amies"

 

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Minuit sonna. Il était dimanche. Le samedi du cinéma était passé, et la nuit s’envola. Lili s’envola aussi, retrouver le nid, le cocon de bourgeoisie et de snobisme, les fêtes mondaines, le mari amoureux, les admirateurs fous, et les regards de dédain qu’elle jetterait sur eux.

Comme chaque semaine lundi précéda mardi, suivi par jeudi dont vendredi emboita le pas. Mais le samedi, il ne fut plus question de cinéma.

FIN

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Texte: Cédriane
Image illustration: 123rf/Vladimir Nikulin

 

 

 

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