Saga d’un symbole lesbien

La créativité peut prendre plusieurs formes, plusieurs chemins. Pour moi, c’est le fruit de pas mal de tâtonnements laborieux… mais fructueux. Quel bonheur de suivre une idée pour finalement donner vie à une « foulitude » de petits personnages issu du simple symbole lesbien le miroir de Venus.

Il y a un an, lorsque j’ai créé Ainsi soient-elles, je me suis plongée dans les affres de la création… de logo. Je voulais un résultat pro, genre Nike et Gucci réunis, un sigle à la fois sobre et élégant… THE sigle. Bon, pour moi qui suis pas une pro, tout un programme, mais je ne me laisse pas arrêtée par quelques menus détails de ce genre;-).

Je m’installais donc sur le canap’ du salon, par une belle fin d’après-midi, les Pink Floyds en fond, la fenêtre entrouverte pour laisser passer une légère brise.

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Par où commencer? Quelle idée me venait à présent que j’avais réussi à me poser derrière mon ordi? La brise, la légèreté, l’écriture…je partie tout naturellement sur une plume, l’idée étant qu’au final, elles viendraient remplacer les ‘ll’ de Ainsi soient-elles.

La lumière commençait tout juste à s’assombrir lorsque j’obtins la forme désirée. Comme le sculpteur, la graphiste que je suis prends une forme grossière d’abord grossière, et, par petits coup de découpe photoshopiques, j’affine avec patience la forme, trait par trait… et de mon côté, boulette après boulette. « Ah non, zut, là, c’est plus moche au final… impossible de revenir en arrière. Je crois que j’ai effacé par erreur le calque… pas de sauvegarde… nooooooon!!! » Toute personne qui travaille un tant soit peu avec l’informatique connait ça, le sentiment de haine intense que l’on ressent envers soi-même lorsque l’on réalise que « ben non, je n’avais pas fait de sauvegarde de ce fichier avant ». Mais il y a pire. Il y a la haine envers la première personne que l’on croise et auprès de qui l’on recherche naturellement soutien et compassion, en l’occurrence ici Adrien, mon coloc, qui passait par là et à qui j’ai raconté l’histoire… Bien entendu, il m’a regardée en disant, comme si ça ne lui arrivait jamais d’oublier « ah, t’avais pas fait de sauvegarde. Bah ouais, faut toujours en faire une ». Ah ouais??? Merci, du fabuleux conseil, maintenant que tu me dis je me sens vachement mieux!!!

récits lesbiens, cy jung, amélie notombBref, après quelques déboires, quelques verres de… menthe à l’eau, (histoire de respecter ici la loi Evin), et quelques centaines de bouffées aussi nerveuses qu’inspirées sur ma cigarette à l’eucalyptus, j’étais enfin satisfaite du résultat. C’était élégant et clair.

Je demandais son avis à mon entourage. Béné, ma coloc me lança un « ouais c’est bien »… qui voulait dire… que c’était bien. OK, Béné n’est pas la reine de l’enthousiasme. Même pour le concert des Brigittes, elle est ressorti en disant « ouais, j’ai vraiment aimé le concert », qui tombe un peu à plat quand on est soi-même exaltée, l’oeil qui brille et la truffe humide (pas de blague sexuelle en fait… nan vraiment, c’était juste une allusion à un chien, promis). Mais même à ce moment là, après le concert, dans sa voix toujours tranquille et trainante planait un soupçon d’excitation et d’engouement.  Face à mon oeuvre, son oeil resta vide et ce presque encouragement de « ouais c’était bien » me renvoyait à ce que je pressentais: c’était « juste » bien. Et donc pas assez. Je voulais un truc « ouahou!!! ».

Que faire?

Aller prendre un verre dans le Marais. C’est la meilleure chose à faire pour laisser reposer. Je copiais mon fichier dans mon téléphone et partais en direction de mon bar préféré pour un début de soirée, le Bar’Ouf. Je fus accueillie de suite par Marie, sa femme Anne et leur chien (mais lui dans une moindre mesure visiblement. Il ne consentait pas à partir de la fraîcheur accueillante du carrelage. J’avais oublié de vous préciser que c’était pendant l’été, au plus torride de la saison, des filles en mini t-shirt partout, les mains moites… j’étais réellement fébrile et le chien de Marie amorphe).

Après quelques salutations enthousiastes d’usage, je commis la deuxième grosse erreur stratégique dans le recherche de soutien et de compassion: montrer ce qui de « mon oeuvre » était passé à « la plume » pour finir par « le truc que j’essaie de faire pour le site ». Marie a l’avantage d’être franche et sincère. Elle a donc le gros défaut… d’être franche et sincère. Tout dépend de quel point de vue on se place. Et là encore, ce fut… une qualité au final. Sa franchise m’a quelque peu piqué l’égo, mais après tout, c’est ce qui a permis que je revois ma copie… en profondeur.

« ah ouais, une plume? Pour symboliser l’écriture. Ah ouais, j’y aurais pas pensé » (ton ironique, grosse bourrade dans le dos pour appuyer, au cas où je serais passée à côté). « Tu sais qu’y a des ordinateurs à présent? Et franchement, le petit coeur… Eyline, regarde moi dans les yeux et dis-moi que t’as envie de voir ce petit coeur partout à chaque fois que tu bosses sur ton projet ».

Bon, c’est vrai. Je suis pas très « petits coeurs » en général. Quoique, sur mon cuir de moto… Naaaaaannnn… Elle avait raison.

Donc bon, le coeur, non. Et la plume? Pffff!!! Retour à zéro mais avec en plus, le syndrome de la page blanche (oui, on pourrait dire « écran blanc » à présent).

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Allez, brainstorming à elle toute seule Eyline. « Vas- réfléchis! » Alors, que voulais-je réellement véhiculer avec ce logo ? Quel était le message de mon site. Ainsi soient-elles est le site qui souhaite révéler les lesbiennes à elles-mêmes en leur permettant de s’exprimer et de partager leur imaginaire, leurs histoires. C’était ça, Ainsi soient-elles.

Les lesbiennes… c’était elles le plus important, pas l’écriture. Elles et leurs inter-ractions. Seul symbole lesbien que je connaisse: le double miroir de vénus, le rond sur la croix qui symbolise la femme mis deux fois côte à côte. Alors j’ai joué avec. J’ai multiplié les petits symboles, je les ai disposés en ligne, en cercle, en droites ou pêle-mêle. Ca a duré des mois. A toute heure, dès que je croisais Béné dans la cuisine, en route pour la douche ou les chiottes: « et celui-là, t’en pense quoi » « bennnn, c’est bien! », j’envoyais des mails à Laeti « A ton avis, plus gros ou plus petit le personnage du milieu », « je sais pas, peut-être plus à droite ». Bref. Enfin, naquis le logo tel qu’on le connait à présent, symbole de la communauté lesbienne et de son mouvement, des filles entrent, sortes, se rassemblent ou s’isole, une communauté, des communautés, qui sait? Bah oui, c’est profond, hein!!! 😉

Toujours est-il que parmi ces nombreux essais, le miroir de vénus m’est apparu comme une petite personne. Un cercle, une croix… plus je la regardait, plus je la voyais se développer, devenir quelqu’un, ou plutô quelqu’une. Mais c’est vrai, il faut l’avouer, les premières esquisses étaient franchement embryonnaires. J’ai l’impression en les regardant de contempler la forme primitive d’une écriture en devenir.

Voici, pour toi, public, les Z’ASEttes pré-historiques.

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On ne rigole pas! 🙂 La critique est facile!! Et bien pas tant que ça. Merci à celles qui m’ont soutenue dans cette épreuve, Aude, Cécile et Laeti… mais heureusement que Lolo est arrivée et m’a sortie de façon débonnaire… « ouaip, un peu simple quand même. Peux mieux faire. » C’est vrai que par chez moi, je ne manque pas de personnes franches quand j’y pense.

Ok, sur le coup, je n’ai pas super bien pris la remarque de Lolo. Elle dénigrait mes petites bonnes femmes auxquelles je m’étais déja attachées. D’abord, je suis pas graphiste moi! J’ai appris sur le tas, il y a quelques temps, en me lançant dans l’aventure des vélos électriques, avec un gars qui a fini par devenir mon partenaire… de business j’entends. C’était une drôle de période. J’étais bloquée entre mes voyages en Chine (Le Shanghaï lesbien, vous connaissez?) et ma découverte du marais. Mais je vous raconterai tout ça une prochaine fois si vous êtes sages.

Aaaaaaah, il en fallut des essais, des améliorations et des tunnings, pas à pas pour arriver aux Z’ASEttes actuelles… Pour chacune, une caractéristique symbolisée. Chacune est lesbienne, mais chacune est différente, comme nous le sommes. J’ai observé autour de moi, des amies, des filles rencontrées pour en tirer cette petits bouts de femmes qui ont pris vie. Laeti et son côté butch pour la Louloutte, toute rude à l’extérieure, pour mieux caché le tout tendre à l’intérieur. J’avais déjà vu ça chez les masculines. Cécile et se longs cheveux lisses qui brillaient à chaque poussière de rayon de lumière. Elle aime à passer la main dedans, de ses doigts aux ongles colorés de bleu, de vert ou d’orange en fonction de ses humeurs. Moi je préférais quand elle passait ses doigts dans mes cheveux à moi, quelque soit leur couleur. Mais bon, hormis quelques soirs de tendresse fortement aromatisés à la vodka caramelle, je devais réserver ses moments de bonheur aux moments oniriques de mes nuits. La belle, remise en version sobre, ne se donnait pas à moi. Mai Ly, qui n’est pas japonaise mais chinoise m’a inspirée la Djaponette. Si elle le savait, elle me détesterait. Les Chinois, les Japonais… longue histoire. Mai Ly est bien loin de ça, « complètement top actuelle », mais sans chercher la mode, plus colorée dans chacune de ses fringues que Cécile lors de ses périodes ongles multi-colors (quand elle secoue les mains, on a limite l’impression que ça clignote).

Bref, chacune d’elle a un peu nourrit un des petits personnages, une de mes Z’ASEttes.

Ah oui, d’ailleurs, vous vous demandez peut-être pourquoi leZ’ASEttes. Et bien d’abord pour le « leZ » de lesbiennes et ensuite pour le ASE de Ainsi Soient-Elles.

Et voila le résultat. Mesdames, Ainsi soient-elles vous présent… leZ’ASEttes!

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La PonyCouette, fem parfaite, l’Afrikette, en hommage à ma Kali à la peau noir et à la crinière fougueuse, la Djaponette, du pays du soleil levant, La Louloutte, tendresse et cheveux rasés, l’Atlette, qui me fait transpirer rien qu’à la regarder, la Branchouillette, que j’imagine chantonner dans son environnement bien urbain, la Zikette, qui nous écoute distraitement enter deux chansons, la Zasenette, toute zen, aux odeurs d’encens, la Mikette, pour une potine fan de M.J (j’avais fait la Branchouille en pensant à Ysra, sa femme, je lui en devais bien une), la Fatimette, dont je n’ai aucune idée de ce qu’elle représente… surtout parce que si je le dis, on va encore me dire que je provoque. Alors que pas du tout. Je provoque pas, je raconte les lesbiennes telles qu’elles sont! Et elles sont comme ça… lesbiennes et diverses. Et j’aime chacune de meZ’ASEttes, dont j’ai façonné chaque trait (encore plus que la plume-petit coeur. D’ailleurs, quand je repense à la plus petit-coeur… bon, merci encore Marie;-).

Mais l’histoire ne s’arrête pas là.

Déjà, spécial noël, hop, voici la Z’ASEttes du même nom, qui fait des bisous sous le gui à chacune. Veinarde.

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 Allez, qui ne l’envie pas un peu? Profiter de la magie de Noël pour embrasser toutes les filles alentours sous prétexte que l’on se trouve sous le gui… Mmmm, douces lèvres au goût de vin chaud. Moi je m’y vois.

Mais pendant tout ce temps passé avec meZ’ASEttes, j’avais oublié la réalité extérieure. Dans mon monde de personnes qui s’assument sans faire de mal à quiconque, j’avais oublier que certains avaient justement besoin de nuire pour se sentir exister. Un matin, entre deux tartines de miel et tout de même quelques réponses aux emails pour le travail, j’écoutais la radio que Adrien avait allumée. C’est à ce moment-là que je tombais des nues. Le FN était sorti vainqueur pour plusieurs régions lors des dernières élections!!! Qu’arrivait-il aux Français??? La guerre, c’est moche, ok. Les attentats et soucis d’immigrants, ça fait peur, ok. Mais quoi? On écoute un parti qui veut nier que la diversité c’est la richesse d’un pays? Un parti qui va décider de ce qui est vraiment « français » de ce qui ne l’est pas. A mon avis, ils vont tomber sur pas mal de zones d’ombres. Ca n’a pas de sens.

C’est comme ça que leZ’ASEttes, telles dans une pub benetton qui aurait viré violette, se sont pour la première fois exprimées dignement et publiquement au nom de toutes et de tous ceux qui sont « différents » (de quoi, ça c’est un vaste débat) en un message si subtil qu’il en devient sibyllin.

symbile lesbien cadeau noël femme lesbiennePlusieurs moi plus tard, arborant fièrement mon t-shirt leZ’ASEttes fuck le F.Haine, je retournais voir Marie. « La vache, il est top ton t-shirt. Je veux le même. Je t’achète le tien ». Voila pour mon égo de petite graphiste débutantes aux plumes éventées mais auZ’ASETtes triomphantes!!! Et voila pour la fin de mon histoire. Il est bien tard, je suis dans mon canapé. Nulle brise par la fenêtre puisque nous sommes à présent calfeutrés, mais me chat ronronne paisiblement sur mes genoux. C’est qu’on en vit des aventures quand on crée un site de récits lesbiens.

A suivre donc…

Eyline J.

S’il elle t’a plu mon histoire, like, tout simplement.

Et pour toi aussi avoir un magnifique t-shirt avec les mignones Z’ASEttes, visite notre boutique!

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