The Girls Island

saphisme et Sapho, sur lesbosJane conduisait vite, le vent dans les cheveux.

La moto or et noir brillait dans l’aube. Sur la grève les filles du feu venaient se poser comme des cormorans dans leurs engins de métal et de fumée.

Les musiciennes commençaient à jouer les yeux et le corps tendus vers la mer pour célébrer le jour. De grands feux brûlaient parsemés dans l’étendue blanche , disposés de façon à tracer tout le long du littoral cent fois répétée la constellation de Vénus.

Dis l’histoire des filles qui ont combattu les hommes et ont gagné la victoire.

Il y avait Anna la super tramp qui n’allait jamais se coucher sans un joint entre ses lèvres douces et rouges. Et il y avait son amante, la femme qui régissait le soleil et la pluie.

Amantes dans le ciel, ces filles se battaient dans cette vie, unies par le rock’n’roll, leur amour et leur passion de la liberté.

Le vrombissement des moteurs vibrait dans l’air blanc. La fumée des pots d’échappement masquait les silhouettes des filles perchées sur leurs motos par deux, les cuisses moulées dans les pantalons de cuir serraient les réservoirs. Celles qui étaient assises derrière serraient la taille des conductrices de l’étau amoureux de leurs bras moulés dans les manches des blousons de cuir noir.

Les bottes s’enfonçaient dans le sable. Des corps nus s’enfonçaient dans la mer. Des mains tenaient des mains, des regards croisaient des regards, des sourires et des séductions froides se mêlaient à des phrases échangées, des caresses partagées. Cécile nageait sur le dos vers le large. Angela et Johan jouaient à se noyer dans les vagues qui se brisaient sur le bord de la plage. Elles s’allongèrent tout au bord et s’embrassaient laissant l’eau couler et clapoter sur leurs corps enlacés.

Les saxophonistes improvisaient sur le ressac de la mer Méditerranée, dont les vagues léchaient les rocs, les falaises et les plages de Lesbos.

Les tambourines martelaient le battement des guerrillières, paupières closes, souffles retenus, pieds rythmant la danse.

Les cornemuses gémissent et grésillent, stridentes; les kilts virevoltent de celles qui portent les cornemuses.

Les flutes traversières sifflent et planent sur l’eau endormie. Les souffleuses penchent la tête sur les tubes argentés et tiennent leurs corps droits et fixes, se balancent au son de la musique.

Les hautbois vrillent, supplient et triomphent.

Les trompettes clament, résonnent et bip-bop.

Les lyres lâchent des volutes de notes, grelottent, égrènent des mélodies suaves.
Les chanteuses renversent leurs têtes vers la voûte céleste. Leurs voix s’élèvent et s’envolent par dessus la mer calme.

Les triangles tintinnabulent.

Les lesbiennes prennent des poses accoudées aux motos, les bras entourant les épaules et les tailles de leurs amantes.

Les corps nus courent et se jettent dans la mer en criant et chantant.

Jane est allongée sur le sable d’une crique, les jambes écartées, Anémone pose un coquillage sur son clitoris puis se penche vers elle et la suce. Elle jouit la tête renversée sur le sable humide.

Anémone s’allonge sur son corps et danse entre ses reins. Jane serre ses hanches dans l’étau de ses cuisses mouillées.

Anna fume un joint perchée sur un roc, elle regarde la mer, au loin l’horizon. Son amante se tient loin.

Son regard glisse sur les vagues et sur les corps des nageuses, sirènes dénudées tranchants l’azur et les flots.

Des filles dansent sur la plage, elles font des rondes, des solos, des duos.

Des bras sertis de bracelets se lèvent vers le soleil naissant, des mains virevoltent, des doigts refont les codes du bharata natyam.

Des chevilles cerclées de bracelets bondissent faisant voler les grains de sable. Des pieds frappent le sable.

Sur la grève s’alignent les motos.

Le soleil se lève brusquement majestueux, magnifique et rouge.

Il darde ses rayons sur la scène magique.

Les yeux des filles brillent. Les sourires éclairent les visages.

 FIN

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Merci pour l’auteur et merci pour l’équipe d’Ainsi soient-elles:)

Texte: Isabelle L’Orion
Image illustration: ©   Arthur Bargan – 123rf

Une femme avec une femmes, des femmes ensembles, sur une Isle, des femmes qui s’aiment, sans s’excuser, le saphisme à l’état libre

 

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